[Fiction] Des mendiants comme panneaux publicitaires

#gorafi #startupfiction #cynisme #etsi…?

C’est un homme tout sourire que nous retrouvons dans un café d’une rue pavée de San Fransisco. François Quignon, un jeune startuper fraichement installé « dans la valley » comme il le dit lui même, n’en revient toujours pas d’avoir pu lever son premier million de dollars auprès d’investisseurs. « C’est quand même fou que personne n’ait eu l’idée avant… ! ». Une idée qui, grand bien lui en fasse, le rendra peut-être riche. « Le marché est énorme. De nombreux partenaires sont prêts à jouer le jeu aux quatre coins de la planète ». Ces partenaires ? Des mendiants, des SDF à qui il propose de remplacer leur vieil écriteau « J’ai faim » par une pancarte publicitaire. Vrai faux reportage.

L’homme sandwich n’avait jamais aussi bien porté son nom.

Au départ, c’est presque par hasard que François est tombé sur la piste de ce juteux business. « Je sortais du métro, et je suis tombé face à un clochard qui faisait la manche devant un McDo. Je ne me rappelle plus exactement ce qui était écrit sur son bout carton mais ce devait être quelque chose du type « J’ai faim. Une petite pièce pour manger svp ». A deux pas, un Quick qui peinait à attirer le chaland. « Là, ça n’a fait ni une ni deux. Je me suis dit qu’en payant à bouffer à ce type par terre, il accepterait de troquer son misérable écriteau par un panneau publicitaire présentant l’offre promotionnelle du Quick voisin ». Résultat ? Une augmentation de 12 % du chiffre d’affaire du restaurant dans la journée ! Une idée qui aura ravit aussi bien l’annonceur que son partenaire. La machine était lancée. Il faut dire que comme le souligne notre brillant interlocuteur,  le dispositif ne demande aucun effort supplémentaire de la part du « messager ». « Son cœur de métier reste le même ! Il continue de porter un support de communication dans des lieux où il y a du traffic ». Bien vu. Il n’y a aucun coût de transfert pour le partenaire-mendiant qui n’y voit qu’une belle opportunité de business. Robert, un SDF early adopter abonde en ce sens. « J’ai doublé mes recettes en même pas une semaine. Et puis c’est vrai que c’est une ressource financière bien moins aléatoire que la mendicité classique » nous dit-il de façon pas toujours audible, le litre de vin rouge descendu au petit déjeuner n’aidant probablement pas.

blog mendiant

blog mendiant 2Campagnes pour Mc Donald et Sixt, Paris, 2014

L’alliance du local et du global.

Mais la force de François a été de saisir tout de suite le potentiel du concept et de penser à un déploiement massif. « Vous savez, on estime qu’il n’y pas moins de 10 000 mendiants dans les rues de San Francisco. En les fédérant, je représente une force de frappe colossale. À l’échelle mondiale, c’est énorme. Mon seul concurrent, c’est peut-être JC Decaux. Et encore, je suis capable de proposer un service beaucoup plus pertinent qu’eux, beaucoup plus ciblé. C’est l’alliance du global et du local comme on dit. Avec nos dizaines de clochards dans les rues, nous sommes capables de nous redéployer rapidement où c’est nécessaire grâce à nos coordinateurs sur le terrain. Nous sommes les seuls à pouvoir proposer des moyens de communication si flexibles ! » dit triomphalement celui qui concède être fasciné par Xavier Niel et ses méthodes coup de poing.

Aujourd’hui, on est loin de l’amateurisme du départ. « Non, dit-il dans un éclat de rire, je ne paye plus mes partenaires avec des sandwiches. Le modèle économique est clair. Je leur reverse 5 % du montant d’une campagne de communication ». La filière se structure. « Nous entamons actuellement des démarches pour que nos actions de communication puissent être comptabilisées dans les bilan « Développement durable » des entreprises qui travaillent avec nous. Car mine de rien, quand Coca Cola nous commande une opération qui mobilise près de 1000 ou 2000 mendiants aux quatre coins de la planète, ça en fait bouffer des gens ! » tape-t-il du poing sur la table.

Un business qui coule à flot…

Bouffer. Et boire surtout. Gêné, François Quignon fini quand même par avouer. « Oui, lalcoolisme représente un problème dans certain cas. Mais nous sommes en train de le régler avec la mise en place d’une charte de bonne conduite ». Ceux qui enfreindront trop souvent la charte verront leur commission diminuer. Mais François Quignon se voit quand même confiant. « Vous savez, si ce business n’était qu’un long fleuve tranquille, je ne serais pas le seul sur le marché. Bosser avec des freelance, c’est ça aussi. Ce sont des indépendants. Il faut accepter de ne pas tout contrôler, de laisser une marge de manœuvre ». Plus tard il ajoutera : « Vous savez, c’est aussi en travaillant avec des personnes à la marge qu’on est les plus innovants. Ce sont des gens qui sont parfois plein d’humour, qui sont forces de proposition dans la construction des publicités de nos clients. Les annonceurs nous reconnaissent cette qualité là aussi par rapport à d’autres types de support. » Savoir manager des créatifs en réseau serait donc la clé du succès.

mendiant 3Un mendiant drôle non loin du panthéon, Paris, 2014

Un succès que ce jeune entrepreneur tient malgré tout à relativiser. « Nous sommes tout jeune. Même si nous nous appuyons sur des partenaires qui ont souvent de nombreuses années d’expériences dans les rues, il nous reste beaucoup de chemin à faire. Cette levée de fond à « SF » était une étape importante dans notre développement à l’international. Mais ce ne sera pas la seule ». C’est sur ces derniers mots plein de détermination que nous avons laissé notre jeune visionnaire, qui nous l’espérons, continuera de faire vivre ce projet avec autant de passion.

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Perturbant n’est-ce pas? Je précise si il était nécessaire que ceci est une interview-fiction…François Quignon n’existe pas (encore)…Comme on a pu me le faire remarquer, on est pas très loin de la polémique déclencher par la démarche de l’agence de comm’ Ogilvy avec des sans abris.

(Vrai) Crédit images: Exposition « Un sourire SVP », Fondation Abbé Pierre

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Une réflexion sur “[Fiction] Des mendiants comme panneaux publicitaires

  1. La difficulté du modèle c’est qu’avec 5% de commission les SDF vont cesser de l’être et qu’il va être de plus n plus difficile d’en recruter. Bientôt des formations proposées aux chômeurs pour devenir un « bon SDF support » ? Les SDF soumis à l’ISF en grève contre la pression fiscale !

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