Facebook, ce petit Poucet qui (peut) dérange(r)

A l’heure où les ados créent leur compte Facebook de plus en plus tôt, personne ne se pose vraiment la question de l’existence de cette mémoire personnelle et collective dans 20 ou 30 ans. Normal vous allez me dire. 30 ans c’est loin. Et puis c’est vrai que nous sommes des pionniers de l’usage des réseaux sociaux, qu’on ne sait pas vraiment ce que tout ça va advenir. On apprend à marcher en marchant en somme.

Mais malgré tout, au-delà des problématiques soulevées par la propriété de ces données et de leur utilisation potentielle par des tiers (entreprises, États, armée), l’existence de cette « matière » me semble également intéressante à titre personnel. A l’heure où l’on parle de plus en plus d’un droit à l’oubli (Google et Microsoft viennent de se soumettre à une directive de la Commission Européenne sur le sujet), on peut se demander ce que nous ferons de cette biographie gravée dans le marbre tout au long de nos vies, notamment dans nos rapport avec nos enfants ou nos petits enfants (et oui, les ados d’aujourd’hui seront les adultes de demain, CQFD!). Car un jour viendra où, votre petit Marius ou votre petite Colette vous demandera, du haut de ses 12 ans, si vous voulez bien « être son ami » sur Facebook. Entre-ouvrant ainsi la porte à 30 ans de « passé social »…

Une boite de pandore ?

Que faire donc ? Refuser, laissant ainsi planer un doute sur ce passé que vous préférez cacher ? Ou accepter, pour jouer le jeu dangereux de la transparence ? Difficile question. Car si vous « ignorez » cet ex-futur ami, vous adoptez une posture radicale de fermeture du dialogue autour de votre passé, de votre histoire. Alors que l’on parle d’open data ou de la fin de la vie privée à tout va, pas sûr que cette stratégie soit facile à tenir dans les 20 ans à venir…Et puis il faut avouer que ce serait assez frustrant. Pour un enfant, la « vie d’avant » de ses parents est assez énigmatique. On a bien droit à des informations distillées çà et là, mais on aimerait toujours en savoir plus. Par curiosité gratuite bien sûr, mais aussi pour comprendre d’où l’on vient.

Mieux vaudrait donc accepter ce nouvel ami (bien plus que ça en fait!) alors ? Pourquoi pas. Mais il faudra maintenant assumer l’ensemble de ce passé à ciel ouvert. Assumer 30 ans de statuts, assumer 30 ans de photos où vous avez été identifié, assumer 30 ans de like et de partages. Assumer…ou pas. Vous vous laisserez bien tenter par la suppression d’un tag sur une vidéo embarrassante ou d’un commentaire trop grivois? Oui, c’est bien ça, vous être en train de réécrire votre histoire. Du story telling rétroactif. Si ce n’est pas le cas, et que vous choisissez la voie du « courage », il vous faudra certainement expliquer voir justifier votre posture, vos agissements sur les réseaux sociaux. « Oui j’ai dit ça comme ça, mais, au fond, c’est cela que je voulais dire » ; « Je n’aurais peut-être pas dû laisser cette photo sur mon mur pour telle raison ». Le personnal branding comme nouvel impératif d’éducation ? Peut-être bien.

Toujours est-il que, même si la majeure partie d’entre nous a une utilisation « raisonnée » des outils comme Facebook (qu’avons nous réellement à cacher ?), la perspective d’avoir ce petit Poucet des souvenirs à nos cotés interpellent. Avons-nous envie de laisser une trace numérique de nos existences ? Si oui, pour quoi faire ? Pour dire quoi ? A qui ? Autant de questions que je ne me suis moi-même encore jamais posé. Et que je me poserai peut-être qu’à l’arrivée d’un enfant qui me mettra face à une question à laquelle tout parent doit être confronté : « Qu’est-ce que j’ai envie de transmettre ? ». Peut-être sera-t-il alors temps de supprimer mon compte Facebook…ou pas. Affaire à suivre.

Photo de couverture: Brice Bourrée

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