Du crowdfunding au crowdbanking: summum de l’hypocrisie bancaire?

Le crowdfunding est un mouvement qui a le vent en poupe. “Le quoi?” allez-vous peut-être me dire. Mais si, je suis sûr que vous connaissez! Derrière ce terme barbare se cache la finance participative, activité consistant à mettre en lien des porteurs de projets (culturels, sportifs, économiques, etc.) et des citoyens-financeurs via des plateformes en ligne (KickStarter pour la plus connue, Ulule et KissKissBankBank pour les plus françaises). Il est en effet aujourd’hui tout à fait possible de faire un appel aux dons ou aux prêts pour financer le lancement d’un nouveau media en ligne, un tour du monde du repas chez l’habitant ou la création d’un nouveau jeu de société.

Le crowdfunding est décrit par Vincent Ricordeau, auteur d’un livre sur le sujet, “comme un outil pour exalter la créativité” et l’initiateur d’une “immense sensation de pouvoir financer notre futur ensemble”. Mouvement en pleine structuration, le crowdfunding recouvre en fait plusieurs types de pratiques: le don, le prêt et la prise de participation. Chacune de ces pratiques adresse des problématiques différentes avec des leviers différents. Dans ce contexte, le gouvernement planche sur « l’établissement d’un cadre juridique sécurisé de déploiement de la finance participative en France » afin de favoriser mais aussi de sécuriser ces pratiques.

Symbole d’un internet qui redonne le pouvoir aux citoyens que nous sommes, le crowdfunding est à priori une très bonne chose: “L’argent de la foule peut être de l’argent intelligent. C’est-à-dire “fléché” vers des objectifs ayant du sens. Donnant l’impression de participer à une sympathique aventure. Bref, ces investisseurs achètent avant tout une histoire, bien avant un rendement.” J’ai d’ailleurs moi même participé au financement d’un projet (le supermarché collaboratif “La louve”) et en suis très content.

Pas de bras, pas de chocolat

Malgré tout, quelque chose m’a déplu et m’interroge: l’utilisation et le justification des fonds collectés.  Au delà de l’achat (légitime!) d’équipements ou de la location d’un lieu, il est précisé dans certaines annonces que “le montant des contributions ainsi que le nombre de contributeurs montreront aux banques et aux bailleurs la force de mobilisation de notre projet”. Et à ma grande surprise, j’ai constaté que de nombreux projets affichaient cette ambition. Alors que le crowdfunding est sensé faire émerger un modèle alternatif de financement et de développement, on le voit devenir un outil au service d’un système bancaire frileux!

“Vous avez bien évidemment fait valider votre concept par quelques milliers d’âmes charitables? Si non… ” semble nous dire le banquier du futur. Pourquoi ne pas encaisser les acomptes des commandes des trois années à venir pendant que nous y sommes?! Où est donc passé l’apport noble du système bancaire à nos projets, à nos ambitions? La gestion du risque inhérent à l’activité bancaire a-t-elle fini par paralyser le système? Ont-ils vraiment perdu tous sens du challenge, de leur expertise? Les banquiers sont-ils vraiment devenus de simples relais administratifs dans un système opaque? Pas sûr que cette perspective les enchante…

Vers du CrowdBanking?

Et si on poussait cette logique à son paroxysme? On verrait alors apparaître le CrowdBanking, sorte de nouvelle pratique de financement mutualisé par la foule…bancaire. Ayant reculé face au RISQUES représentés par l’accord d’un prêt à Mr Martin et sa petite famille pour l’achat d’un pavillon en banlieue de la région Nantaise, les banques préfèrent diluer leur participation dans des prêts collaboratifs. “Plus de place pour la confiance naïve ou la philanthropie dans ce business!” assène notre banquier du futur… “Je préférai l’époque où je gérai des projets, des rêves, des ambitions plutôt qu’un portefeuille de risques” déplore un autre banquier à l’ancienne comme il se définit lui même. Il faut dire que les choses ont changé depuis l’apparition de plateformes de CrowdBanking comme « FricFricBankBank »…Fiction:

FricFricBankBank

Détournement fictif d’un site de crowdfunding

Oui, le trait est un peu forcé. Oui ceci n’est que pure fiction. Enfin, espérons le. Le regard des représentants des institutions bancaires est lui,  bien évidemment, beaucoup moins alarmiste quand au développement grandissant du crowdfunding. Il semblerait même que ce scénario ne voit jamais le jour: « Ces sites sont sympathiques et utiles, car les services qu’ils proposent sont complémentaires des nôtres” dit François Langlois, directeur des relations institutionnelles de Cetelem. Complémentaires? Ou Subsituts? La question reste ouverte.

Source image: frenchweb.fr

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Une réflexion sur “Du crowdfunding au crowdbanking: summum de l’hypocrisie bancaire?

  1. Intéressant. Sait on quel lien ont les donneurs préteurs par rapport au porteur de projet ? S’agit il d’une logique de réseau étendu (famille, amis et amis d’amis) ou réellement d’un nouveau lien entre des porteurs et des philanthropes et financeurs en quête de sens ?

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